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Voici un florilège de coups de cœur récents :
Ca va mieux en le disant ! Françoise Laborde, J’ai lu, 2008
Françoise Laborde, journaliste, anciennement présentatrice du 20 heures et rédactrice en chef de Télé matin, est aussi membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel depuis janvier 2009.
Elle revient sur les mensonges qu'elle a été obligée d'inventer pour parvenir à s'imposer dans sa vie privée et professionnelle.
Fille d’un professeur d’anglais autoritaire mais bienveillant, elle raconte son enfance bordelaise des années soixante. C’est le début de ses premiers mensonges d’enfant.
Afin de poursuivre ses études et d’exercer le métier qu’elle a choisi, elle monte à Paris, où elle découvre un autre univers. Elle raconte sur un registre familier des anecdotes sur son enfance, sa scolarité, ses relations familiales, son métier, le tout avec humour et impertinence.
C’est un ouvrage amusant qui évoque sur un ton sarcastique les cinquante dernières années de notre société.
Chagall en Russie (2 tomes)
Joann Sfar, Gallimard, 2010/2011.
Dans une forêt russe, au début du XXème siècle, un juif, qui se prend pour Jésus-Christ, se fait tabasser par des moujiks. Un jeune homme passe par là et fait son portrait : Marc Chagall. Amoureux d’une fille que son père lui refuse en mariage parce que « peindre n’est pas un métier», Marc décide d’aller voir le grand rabbin de la communauté ashkénaze pour lui demander d’intervenir en sa faveur. Sur son chemin, il croisera un égorgeur d’animaux rituels, des cosaques, un violoniste ambulant qui veut jouer dans un théâtre yiddish. Suite à un rêve dans lequel il se voit peindre des figures étranges sur le plafond d’un magnifique palais, Marc rentre dans son village pour y faire construire un opéra dont il décorera le dôme, en espérant ainsi impressionner son futur beau-père...
Dans la lignée de Klezmer (3 tomes, Gallimard), Joann Sfar décrit non plus la tradition sépharade comme dans le Chat du Rabbin (récemment adapté par lui au cinéma), mais ce judaïsme slave disparu avec la Shoah. Ses personnages excentriques, pris dans la tourmente de l’histoire (pogroms, révolutions), s’interrogent sur le rapport entre l’art et le réel, la fidélité à ses racines et la quête d’une vie singulière. Le dessin « tremblant » et les couleurs crues peuvent surprendre de prime abord, mais on est très vite charmé par cette histoire farfelue, imprégnée d’«humour juif».
Aesculapius, Les mystères de Druon de Brévaux
Andréa H. Japp, Flammarion, 2010.
An 1306 : pourquoi Jehan Fauvel, mire itinérant, tombe-t-il entre les mains redoutables de l’Inquisition ? À cause d’une pierre rouge aux pouvoirs mystérieux que convoitent le Vatican et le roi de France ? Parce qu’il est fort en avance sur la médecine de son temps ?
Pour ne pas subir le même sort que son père, sa fille adorée, Héluise, à qui il a transmis secrètement toute son immense science, doit fuir : afin de pouvoir exercer son métier, la jeune femme se travestit en homme et prend le nom de Druon de Brévaux. Trahisons, luttes pour le pouvoir, fourberies, créature sanguinaire qui terrorise un village… Redoutables sont les épreuves qui l’attendent, mais belles aussi les rencontres. « Aesculapius », premier tome des « Mystères de Druon de Brévaux », est non seulement un véritable thriller, mais également une riche source d’enseignement sur les us et coutumes du Moyen Âge.

Les cerfs-volants
Romain Gary, Folio Gallimard, 1980.
À l’occasion d’un hommage à son oncle et tuteur, Ambroise Fleury, postier devenu célèbre pour son art de fabriquer des cerfs-volants, Ludovic raconte leur histoire. Jeune paysan normand âgé de 10 ans en 1930, et doué d’une prodigieuse mémoire, il tombe amoureux d’une aristocrate polonaise de deux ans son aînée, Lila, en vacances à Cléry. Il fait alors la connaissance de la famille de cette dernière : le frère Tad, à la conscience politique très aiguë, le cousin allemand Hans, dandy également épris de Lila, et le père, Stanislav de Bronicki, qui voit en la capacité intellectuelle de Ludovic un moyen de continuer à flamber. Les tensions qui s’exacerbent en Europe et la Deuxième Guerre mondiale vont séparer les personnages, les forcer à devenir adultes et à choisir leur camp. Ludovic, élevé par son grand-père dans un esprit humaniste, opte pour la Résistance. Séparé de Lila, retournée en Pologne, il n’en continue pas moins de lui vouer une passion indéfectible.
Romain Gary, fidèle à lui-même, a, une fois encore, écrit un magnifique roman, qui mêle la petite histoire et la grande. La finesse et la franchise de son style, le souffle épique et lyrique qui l’inspire, même son ironie jamais amère, tout fait de cet auteur l’un des grands noms de la littérature.

Toujours rien ?
Christian Voltz, Editions du Rouergue, 1997.
Ce matin, monsieur Louis a semé dans son jardin une petite graine pleine de promesses. Il y revient chaque jour pour voir comment elle pousse. Malheureusement, c'est un peu plus long que prévu.
Un petit conte philosophique sur la patience. Christian Voltz se montre original avec ses illustrations faites de récupérations très intéressantes à observer dans le détail. Cet album se destine par là-même aux enfants d'au moins 4 ans.

Océan Mer
Alessandro Baricco, Albin Michel, 1998.
A la pension Almayer, située au bord de la mer, vont se rencontrer des personnages qui tentent de comprendre le sens de leur vie : le peintre Plasson, qui a renoncé à sa notoriété mondaine, pour chercher « les yeux » de l’océan ; Elisewin, jeune femme de 16 ans qui a sombré dans la mélancolie et qui, accompagnée de son précepteur, le père Pluche, guérira peut-être grâce à un homme mystérieux, aux multiples identités, rescapé d’un naufrage épouvantable ; le professeur Bartleboom, scientifique en quête « des limites de la mer » et amoureux transi qui écrit des lettres magnifiques à l’inconnue qui lui est destinée ; Ann Devéria, que son mari a envoyée à la pension Almayer pour qu’elle oublie son amant.
Ce roman fascinant, à l’écriture polyphonique, mêle étrangement réflexion philosophique, passage épique, poésie et conte drolatique. Très original, sa lecture provoque en nous une grande variété d’états d’âme.

Signes de mer
Bénédicte Gourdon, Roger Rodriguez et Olivier Latyk, Editions Thierry Magnier, 2006.
La collection "Signes" a été initiée par Bénédicte Gourdon (Psychologue de l'enfance) et Roger Rodriguez (enseignant en Langue des Signes) dans le but d'offrir un support de lecture commun aux enfants sourds et aux enfants entendants. Cet album, illystré par Olivier Latyk, est consacré à la mer. Toujours sur le même principe, français et langue des signes se côtoient avec bonheur. On pourra ainsi découvrir en signes, les bateaux, les animaux marins, la banquise, le coquillage ou la falaise. Une belle initiative.

La folie des anges
Henri Troyat, Editions de Fallois, 2009.
Aline Aubier, ancienne actrice de théâtre qui connut un certain succès dans des rôles de soubrette, passe sa vieillesse dans un appartement cossu de la rue de Lille. Elle s’ennuie et, malgré les visites régulières de sa fille Héloïse, supporte difficilement la tendresse mêlée d’autoritarisme que celle-ci lui témoigne. Elle trouve néanmoins en Agathe, sa nouvelle auxiliaire de vie, une confidente qui écoute avec bienveillance le récit de sa « glorieuse » carrière. Lorsqu’ un chaton, qu’elle croit abandonné, apparaît, c’est toute son existence quotidienne qui en est bouleversée. Mais cette nouvelle jeunesse sera de courte durée : Héloïse poussera sa mère à rendre le chat et déclenchera par cette action le déclin irrémédiable de celle qui n’avait plus de raison d’être.
Ce bref roman, publié à titre posthume, décrit avec force et justesse une relation mère/fille à partir d’un certain âge. Pour ceux et celles que l’auteur du Vivier a marqués.

La vie devant soi
Emile Ajar, Mercure de France, 1977.
Momo, un garçon de 10 ans, vit chez Madame Rosa, dont la maison est ouverte aux enfants qui, comme lui, sont nés « de travers » et ont été confiés à cette dame juive par des mères prostituées contraintes de « se défendre » en abandonnant leur progéniture. Momo aime profondément Madame Rosa, cette vieille femme généreuse dont la santé se dégrade progressivement tandis que des souvenirs traumatisants la rattrapent.
Il raconte d’une manière très touchante, avec un langage fleuri, son quotidien avec les autres enfants et sa vie dans le quartier de la Goutte d’or à Paris.
Prix Goncourt en 1975, ce roman que Romain Gary a écrit sous le pseudonyme d’Emile Ajar est très émouvant. Partagé entre le rire et les larmes, le lecteur en ressort bouleversé.
L’Orme du Caucase
J. Taniguchi et R. Utsumi, Casterman, Ecritures, 2004.
Ce manga (bande dessinée japonaise) est un véritable roman graphique, ou plus exactement l’adaptation de nouvelles écrites par Ryuichiro Utsumi. Il dépeint, sans utiliser de couleurs et avec peu de mots, les états d’âme de japonais (et d’une française qui a émigré au Japon…) confrontés aux problèmes existentiels que soulève notre vie quotidienne : couper un arbre magnifique sous prétexte qu’il dérange des voisins, prendre conscience de la détresse de sa petite-fille et se demander si l’on a bien éduqué ses propres enfants, se sentir encore autonome, utile et désirable alors que l’entourage familial et les valeurs d’une tradition nous incitent à adopter les opinions et attitudes qui conviennent au « troisième âge », etc.
Concilier la sollicitude envers la nature et la vie en société, se demander comment rendre heureux ceux que l’on aime, accepter l’humaine condition tout en gardant son quant à soi : telles sont quelques unes des « leçons de sagesse » que nous enseigne Taniguchi, dont l’art du cadrage et le sens poétique sont exceptionnels.

Novocento : pianiste
Alessandro Barrico, Gallimard, Folio, 2002.
Dans les années 1920, sur le paquebot Virginian, un enfant abandonné est recueilli par un machiniste qui le baptisera Novocento. Racontée par son meilleur ami, un trompettiste de jazz, la vie de Novocento sera tout entière consacrée à son don pour le piano. Sans jamais posé le pied à terre, d’un continent à un autre, il prendra néanmoins conscience de la diversité des hommes et des lieux en s’imprégnant des récits des passagers du transatlantique. Défié par un pianiste virtuose au cours d’une traversée, tenté de « voir la mer depuis la terre », il se résigne avec joie à son destin solitaire.
Ce récit, qui est à l’origine un monologue écrit pour le théâtre, est composé comme une partition musicale où les changements de rythme (tantôt rapide et continu, tantôt lent et saccadé), et de tonalité (parfois grave, souvent légère) expriment l’essentiel d’une vie.

Le parapluie jaune
Ryu Jae-Soo, Mijade, 2008
Dans une ville, par un jour de pluie, un enfant, représenté par un parapluie jaune vu d’en haut, part de chez lui. A chaque double page, il rencontre un autre enfant, symbolisé par un parapluie d’une couleur différente. Le lecteur est alors invité à cheminer vers une destination inconnue jusqu’à la fin du livre.
Cet album sans texte, audacieux quant au point de vue adopté, est très attentif au dynamisme des couleurs. L’histoire prend forme et l’imagination s’épanouit au fur et à mesure qu’éclosent les parapluies colorés dans la grisaille de la ville. Une musique pour piano, jointe au livre, en souligne la poésie.

La violence et la dérision
Albert Cossery, éditions Joëlle Losfeld, 2009
Dans une ville du Proche-Orient gouvernée par un tyran grotesque, un petit groupe de contestataires décide de monter une campagne d'affichage visant à la ridiculiser. Préférant à la violence purificatrice des anarchistes l'arme du sarcasme, leur action n'en n'est pas moins efficace. Ils combattent la vanité des ambitions humaines en montrant ce qu'elles ont de risible et arrivent à nous convaincre que la sagesse réside dans la construction de cerfs-volants et la beauté d'une vieille folle qui reçoit un bouquet de jasmin.
Ce roman, très bien écrit, drôle et raffiné, aux personnages aussi truculents que ceux d'Albert Cohen, est succulent comme un loukoum !

Bébé lézard bébé bizarre
Hye-sook Kang, Ed. Rue du Monde, 2009
Quelqu'un a volé la queue du bébé lézard... qui est devenu bébé bizarre. Va-t-il la retrouver ? Il part à sa recherche, essaie la queue de différents animaux qui n'apprécient pas son audace.
Cet album sélectionné "Coup de coeur d'ailleurs" par les éditions Rue du Monde a été conçu par l'auteur/illustrateur coréen Hye-sook Kang. En feuilletant les pages très colorées, le jeune lecteur découvre un jeu de cache-cache lui dévoilant une multitude de visages... une très jolie façon de faire connaissance avec les animaux.

Ne t'inquiète pas pour moi
Alice Kuipers, Albin Michel, 2008
Une mère et sa fille de 15 ans correspondent beaucoup par post-it laissés sur le frigo ; les heures de travail de la mère s’accommodant mal de l’emploi du temps lycée-copines-petit copain-baby-sitting de sa fille. Lorsque la mère tombe malade, le temps presse mais l’espoir demeure. Les instants de partage alternativement houleux et heureux de Claire et de sa mère sont admirablement retranscrits.
Ces belles tranches de vie nous rappellent la dimension éphémère de notre passage sur terre et l’importance de ceux qu’on aime.
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